Il n’existe pas un seul chemin en STEM — le parcours inspirant de Christelle Noelle Dzesse Tekouo

Pouvez-vous nous parler de votre parcours académique dans les STEM? Mon parcours en STEM a commencé dès le lycée, où j’aimais particulièrement les mathématiques, la biologie, la physique et la chimie. Ces matières m’attiraient parce qu’elles me permettaient de comprendre le monde qui m’entoure et le fonctionnement du corps humain. Dès la classe de 3ᵉ, […]

Pouvez-vous nous parler de votre parcours académique dans les STEM?

Mon parcours en STEM a commencé dès le lycée, où j’aimais particulièrement les mathématiques, la biologie, la physique et la chimie. Ces matières m’attiraient parce qu’elles me permettaient de comprendre le monde qui m’entoure et le fonctionnement du corps humain. Dès la classe de 3ᵉ, je me voyais déjà devenir gynécologue, animée par le désir d’aider les femmes et de contribuer à leur bien-être. Cependant, après l’obtention de mon baccalauréat scientifique, la trajectoire que j’ai suivie a été différente de celle que j’imaginais au départ.
J’ai poursuivi des études en chimie à l’Université de Dschang, au Cameroun, où j’ai obtenu une licence puis un master. En parallèle de mon master, j’ai également suivi une formation à l’École Normale Supérieure de Yaoundé, à l’issue de laquelle j’ai obtenu le Diplôme de Professeur des Enseignements Secondaires 2ᵉ grade. Cette étape a renforcé mon intérêt pour la transmission du savoir et l’encadrement des jeunes.
J’ai ensuite poursuivi un doctorat en chimie inorganique, dans le cadre d’un programme conjoint entre l’Université de Buea (Cameroun) et l’Université du Cap (Afrique du Sud), grâce à une bourse internationale. Mes travaux portaient sur des matériaux innovants, appelés metal–organic frameworks (MOFs), avec des applications potentielles en environnement et en énergie.
Après mon doctorat, j’ai effectué un postdoctorat aux États-Unis, où j’ai renforcé mes compétences en recherche et travaillé avec des équipes internationales. En tant qu’enseignante et chercheuse en chimie et je m’investis activement dans le mentorat des jeunes filles et des femmes, afin de leur montrer qu’il existe plusieurs chemins possibles pour réussir en STEM.
Mon parcours montre que l’on peut commencer avec un rêve précis, en changer en cours de route, et tout de même construire une carrière scientifique épanouissante et utile à la société.

Qu'est-ce qui vous a motivé à poursuivre une carrière dans ce domaine?

Ce qui m’a motivée à poursuivre une carrière dans les STEM, c’est avant tout la curiosité, le désir de comprendre et la volonté de contribuer de manière concrète à l’amélioration de la vie des autres.

Très jeune, je rêvais de devenir gynécologue. Cependant, pour des raisons que je préfère ne pas détailler, ce projet ne s’est pas concrétisé. Avec les conseils de mes aînés, j’ai alors fait le choix de m’orienter vers une formation en chimie, convaincue que cette discipline pouvait aussi me permettre, à terme, de rester proche du domaine médical.
Au fil du temps et de mes études, j’ai compris que la chimie est au centre de la vie. Elle est présente dans la santé, l’environnement, l’énergie, l’alimentation et bien d’autres domaines essentiels à notre quotidien. Cette prise de conscience a profondément renforcé ma motivation et mon engagement dans ce domaine.
Par ailleurs, la recherche m’a permis de voir la science comme un espace d’innovation et de solutions concrètes aux défis sociétaux. Aujourd’hui, ce qui me motive également, c’est le désir de transmettre, d’enseigner et d’encourager les jeunes filles et les femmes à croire en leur potentiel et à comprendre qu’il existe plusieurs chemins pour réussir en STEM.

Quels sont les défis auquels vous avez été confrontée en tant que femme dans les STEM et comment les avez-vous surmontés?

L’un des défis majeurs que j’ai rencontrés en tant que femme en STEM a été le fort déséquilibre entre les hommes et les femmes dans les formations scientifiques avancées.
Lorsque j’étais en master à l’Université de Dschang, nous n’étions que quatre femmes dans la promotion. Plus tard, lorsque je me suis inscrite en thèse dans cette même université (avant de poursuivre ailleurs), je me suis retrouvée seule femme. Être la seule femme dans une promotion constitue déjà un défi, tant sur le plan académique que psychologique. À l’Université de Buea, nous étions deux femmes, ce qui était légèrement plus encourageant, mais révélateur de la faible représentation féminine.
À ces défis académiques se sont ajoutées des pressions sociales. Dans la société, on me demandait régulièrement quand j’allais me marier, comme si mon parcours scientifique devait être justifié ou limité par cette question. Cette pression a parfois été un véritable blocage, d’autant plus que les quelques modèles féminins que je connaissais dans le milieu scientifique n’étaient pas mariés, ce qui pouvait renforcer des doutes ou des inquiétudes sur la possibilité de concilier carrière scientifique et vie personnelle.
Pour surmonter ces obstacles, je me suis appuyée sur plusieurs éléments clés :
• la persévérance et le travail constant,
• le soutien des aines et de collègues bienveillants,
• la confiance progressive en mes capacités, construite à travers les résultats et l’expérience,
• la conviction que ma présence en STEM pouvait aussi ouvrir la voie à d’autres femmes.
Par ailleurs, j’ai pris l’initiative de m’engager et de bâtir des organisations et des réseaux solides, qui m’ont permis de ne pas avancer seule, de partager mes expériences et de trouver du soutien. Cela n’a jamais été facile. Il y a eu des moments de doute et des envies d’abandonner. Mais je me suis souvent dit que si je n’avais pas eu de figures féminines visibles pour me guider, alors je devais, à mon tour, devenir cette figure pour les jeunes filles, afin de les encourager à poursuivre et à s’épanouir dans les filières scientifiques.

Quelles sont les avancées les plus passionantes ou les projets les plus intéresssants dans votre domaine actuellement?

Dans mon domaine, la chimie des matériaux, l’une des avancées les plus passionnantes est le développement de matériaux intelligents capables de répondre à des besoins concrets de la société. Par exemple, certains matériaux peuvent aujourd’hui être conçus pour libérer des médicaments de manière contrôlée, capturer des polluants, ou encore réagir à leur environnement.
Les metal–organic frameworks (MOFs), sur lesquels je travaille, illustrent bien cette évolution. Ce sont des matériaux très polyvalents qui peuvent être utilisés aussi bien en santé, pour le transport ciblé de médicaments, qu’en environnement, pour la capture de gaz ou la purification de l’eau. Leur grande flexibilité permet d’imaginer des solutions innovantes adaptées aux défis actuels.
Un autre aspect très stimulant est la collaboration entre disciplines. Aujourd’hui, chimistes, biologistes, médecins, ingénieurs et informaticiens travaillent ensemble pour développer des solutions plus efficaces et durables. Cette approche collaborative ouvre de nombreuses opportunités pour les jeunes, notamment les jeunes filles, qui souhaitent s’engager dans les STEM.
Ces avancées montrent que la science évolue rapidement et qu’elle offre des possibilités immenses pour améliorer la santé, protéger l’environnement et contribuer au développement durable.

Comment voyez-vous l'avenir des STEM? : Quelles sont vos prédictions sur les domaines qui connaitront une croissance significative et quels défis devront être relevés?

Je vois l’avenir des STEM comme très prometteur, mais aussi porteur de responsabilités importantes. Les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques joueront un rôle central dans la résolution des grands défis mondiaux, notamment la santé, le changement climatique, l’énergie, la sécurité alimentaire et le développement durable pour ne citer que ceux la.
Parmi les domaines qui connaîtront une croissance significative, je citerais :
• les sciences des matériaux et les nanotechnologies, pour développer des solutions innovantes en santé et en environnement ;
• les biotechnologies et la médecine de précision, qui transformeront la manière de prévenir et traiter les maladies ;
• les technologies numériques, notamment l’intelligence artificielle et l’analyse des données, qui soutiendront la recherche et la prise de décision ;
• les énergies renouvelables et les technologies vertes, essentielles pour un avenir plus durable.
Cependant, plusieurs défis majeurs devront être relevés. Il faudra :
réduire les inégalités d’accès à l’éducation et aux opportunités en STEM, notamment pour les filles et les jeunes issus de milieux défavorisés ;
renforcer les infrastructures de recherche, en particulier dans les pays en voie de développement ;
encourager davantage de collaboration entre disciplines et entre la science et la société ;
• et veiller à ce que les avancées scientifiques soient utilisées de manière éthique et inclusive.
Pour moi, l’avenir des STEM dépendra aussi de notre capacité à inclure plus de femmes, à valoriser la diversité des parcours et à montrer aux jeunes filles qu’elles ont un rôle essentiel à jouer dans la construction du monde de demain.

Quels conseils donneriez-vous à une jeune fille qui envisage de poursuivre une carrière dans les STEM?

Je lui dirais d’abord de croire en elle et en ses capacités. Les STEM ne sont pas réservés à une élite ni à un genre particulier. Si tu es curieuse, persévérante et prête à apprendre, tu as ta place.
Je l’encouragerais aussi à ne pas avoir peur de changer de trajectoire. Il n’existe pas un seul chemin pour réussir en STEM. Mon propre parcours montre qu’on peut commencer avec un rêve, en explorer d’autres, et construire une carrière scientifique solide et épanouissante.
Je lui conseillerais de s’entourer de personnes bienveillantes : mentors, enseignants, camarades ou réseaux qui la soutiendront et l’encourageront. Chercher du soutien n’est pas un signe de faiblesse, mais plutot une force.
Enfin, je lui dirais de ne pas se laisser freiner par les stéréotypes ou les pressions sociales. Les défis existent, mais ils ne doivent pas définir ses limites. Chaque pas qu’elle fera en STEM ouvrira la voie à d’autres jeunes filles.
Ose rêver, ose persévérer, et n’oublie jamais que ta voix et ton talent comptent.

Vous souhaitez être mis en avant comme Dr. Christelle Noelle Dzesse Tekouo ? Rejoignez-nous en cliquant sur le bouton.

Pour rejoindre notre communauté WhatsApp de 400+ filles et femmes scientifiques, cliquez ici.

Comment adhérer à notre association ? : En ligne en cliquant ici

Si vous souhaitez faire un don pour soutenir notre travail, nous serions ravis de vous compter parmi nos précieux donateurs.

#InspiringAfricanWomenScientists #WomenInSTEM #SheSTEMinAfrica #ExperiCi #FemmesAfricaines #STEMAfrica #Mentorat #OserLeSTEM #CarrièreScientifique #JeunesFemmes #Résilience #InclusionSTEM #FemmesInspirantes #Cameroun #TonTalentCompte #OserRêver

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut